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5 questions sur la smart entreprise

L’entreprise ou l’organisation du futur ? Une smart enterprise. Et
l’Internet of Things joue un rôle essentiel à cet égard. Examinons les
opportunités et les défis avec deux experts en la matière : Matt Hatton
(Royaume-Uni) et Saskia Van Uffelen (Belgique). Nous leur avons posé
cinq questions cruciales.

1. Qu’entendez-vous par smart enterprise et comment l’Internet of Things (IoT) peut-il y contribuer ?

Saskia Van Uffelen : « Dans une smart enterprise,
toutes les données, des points de mesure aux images vidéo, sont
connectées à un rythme plus que soutenu. Permettez-moi une comparaison :
il a fallu cent ans pour interconnecter un milliard de lieux. Il a
fallu 25 ans pour faire de même avec 5 milliards de personnes. Mais il
ne faudra que 15 ans pour interconnecter 50 milliards d’appareils. »

Matt Hatton : « Le concept de smart enterprise permet
aux organisations de tirer plus d’informations à partir de leurs actifs
principaux, qu’il s’agisse de véhicules, de stocks ou de distributeurs.
Vous vous faites une meilleure idée de la façon dont votre organisation
fonctionne. Vous pouvez donc mieux coordonner l’ensemble de ses
processus selon vos attentes et celles des clients. »

2. Quelles sont les plus grandes opportunités pour les smart enterprises ? Que peut leur offrir l’IoT ?

Matt Hatton : « L’efficacité est une valeur ajoutée importante. Imaginons que vous ayez un aperçu à distance de votre parc automobile. Vous pouvez, dès lors, le gérer et intervenir plus intelligemment si nécessaire. Une telle approche peut représenter une énorme opportunité, de nombreuses entreprises s’en rendent compte. La majorité des objectifs des projets IoT se fonde sur l’efficacité, entre autres parce que le rendement est relativement facile à évaluer. Un CFO ou un CEO donnera plus rapidement son accord à des projets de cette envergure. Mais il existe aussi des projets, bien que minoritaires, qui transforment véritablement le modèle d’affaires d’une entreprise. Un bon exemple est Zipcar, aux Etats-Unis. Grâce à l’IoT, cette entreprise est passée de la vente de voitures à un service de location. »

3. L’IoT ne date pas d’hier. En quoi les possibilités actuelles diffèrent-elles de celles d’il y a cinq ans ?

Matt Hatton : « La technologie est plus accessible,
notamment parce que les coûts ont baissé. Dans le même temps, les
applications sont plus sophistiquées. La façon dont la technologie est
mise en œuvre et utilisée va changer. Pensez à l’évolution de la voiture connectée
dans laquelle la technologie mobile joue un rôle crucial. Nous ne
parlons pas de l’un ou l’autre gadget, mais d’un élément capital. Un
autre exemple ? Il y a cinq ans, les distributeurs donnaient un signal
en cas d’épuisement du stock. Aujourd’hui, vous pouvez suivre les stocks
des machines en temps réel et ajuster automatiquement les prix en
fonction de la météo, et l’automate peut identifier le client par
reconnaissance faciale. La technologie est exploitée à des fins toujours
plus stratégiques. »

Saskia Van Uffelen : « Je parle souvent de
l’uberisation ou de l’économie numérique disruptive qui se met en place
aujourd’hui. La concurrence est de moins en moins propre au secteur. Un
exemple ? Une banque et un détaillant peuvent à présent se mettre des
bâtons dans les roues, ce qui crée de nouvelles opportunités d’affaires.
Les modèles changent. Une entreprise comme Philips vendait autrefois
des ampoules. Aujourd’hui, elle vend de la lumière. »

4. Quels secteurs seront profondément touchés par l’essor de l’IoT ?

Saskia Van Uffelen : « En vérité,
tous les secteurs vont changer avec l’essor de la technologie mobile.
Les entrepreneurs sous-estiment souvent ce point. L’indispensable sense of urgency
fait défaut à l’heure actuelle. Mais l’impact est énorme pour divers
domaines. Pensez aux pièces de rechange ou aux éléments de machines qui
sont imprimés automatiquement par une imprimante 3D, sur la base d’une
simple saisie de données. Cela a un impact sur l’ensemble de la chaîne
logistique, au niveau mondial. Je vois aussi les secteurs de l’énergie,
de la santé et de l’automobile changer radicalement. Par l’acquisition
de données automatiques, vous en saurez plus sur votre consommation
d’énergie, votre santé et votre comportement au volant. Autant
d’informations importantes pour prendre de meilleures décisions plus
rapidement. L’exemple le plus parlant est peut-être celui de la voiture
autonome. Jusqu’à récemment, il s’agissait de science-fiction. A peu de
choses près, c’est aujourd’hui une réalité. »

Matt Hatton : « L’IoT est très souvent associé à un nombre limité de secteurs, tels que le transport ou la vente au détail. Mais l’IoT émerge dans tous les secteurs. JJe remarque une croissance exceptionnelle dans l’agriculture et l’industrie. J’attends aussi beaucoup du secteur de l’énergie, où l’IoT permet de porter un autre regard sur les affaires. Il peut, par exemple, aider à passer d’une production centrale à une production décentralisée grâce à laquelle les utilisateurs peuvent acheter et régler mutuellement leur électricité. »

5. Quels sont les plus gros défis qu’amène l’IoT ?

Matt Hatton : « La sécurité est un défi majeur qui
est souvent mis en avant, mais je pense qu’il sera relevé. Je ne vois
pas cela comme un obstacle. Les problèmes de sécurité n’ont pas empêché
l’essor d’internet. La vie privée est matière à préoccupation, pour les
entreprises aussi. Mais si j’approfondis la recherche, la complexité est
souvent vue comme le principal défi de l’IoT. Je remarque des progrès
dans ce domaine aussi, tout comme une baisse des coûts de connectivité.
Un autre défi majeur est l’inertie ou la peur injustifiée qui sévit dans
de nombreuses entreprises. Certaines ne sont pas encore en mesure
d’aligner leur structure interne adéquate pour traiter des projets IoT
qui ont souvent un impact profond. »

Saskia Van Uffelen : « Bien entendu, la sécurité et
la vie privée sont des questions importantes, mais le plus grand défi se
trouve sous nos yeux. 65 % de nos emplois actuels n’auront plus
d’intérêt dans cinq ans. Nous allons devoir nous demander de quelles
compétences nous avons besoin. Pour y parvenir, il est crucial de penser
de manière créative et innovante. Je vois les esprits mûrir petit à
petit dans notre pays, mais souvent trop lentement alors que la
concurrence internationale ne s’accorde aucun répit. »